Au troisième trimestre 2025, l'INSEE enregistre 47 219 créations de SAS/SASU contre seulement 16 501 SARL/EURL, soit une progression de +11,2 % pour les premières contre +0,4 % pour les secondes. La tendance est nette, mais elle ne signifie pas que la SASU convient à tous les profils. Face au choix entre SASU ou EURL pour la création d'une entreprise en solo, les différences sont bien plus structurantes qu'un simple effet de mode : elles touchent votre revenu net, votre retraite future, votre fiscalité et la capacité de votre société à évoluer. Chez Comptexxia, cabinet d'expertise comptable installé à Calais, nous accompagnons chaque année des créateurs d'entreprise confrontés à cette décision, en les aidant à transformer un choix juridique abstrait en stratégie concrète et personnalisée.
L'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est la version unipersonnelle de la SARL. Son fonctionnement est encadré de manière stricte par le Code de commerce : le dirigeant porte le titre de gérant, la gouvernance est largement imposée par la loi, et le capital minimum est fixé à 1 €. La responsabilité de l'associé unique reste limitée au montant de ses apports.
La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle), de son côté, est la déclinaison à associé unique de la SAS. Son dirigeant est appelé président. La grande particularité de cette forme juridique, devenue la plus utilisée par les créateurs d'entreprise depuis 2020, réside dans la liberté quasi totale laissée aux statuts pour organiser la gouvernance, les pouvoirs du président et les modalités de décision. Le capital minimum est également de 1 €, et la responsabilité reste limitée aux apports.
Ces deux structures permettent de créer seul, avec une responsabilité limitée. Mais leurs différences se jouent sur quatre terrains décisifs : la fiscalité, les charges sociales, la gouvernance et l'adéquation à votre profil personnel. Si vous envisagez de franchir le pas, notre équipe vous accompagne dans la création et la modification de votre entreprise à Calais, en vous aidant à trancher entre ces deux formes juridiques sur la base de simulations chiffrées.
Sur le plan des frais d'immatriculation, les deux structures sont à parité : comptez environ 200 € de frais incompressibles, répartis entre l'annonce légale (~125 €), les frais de greffe (~37 €) et la déclaration des bénéficiaires effectifs (~21 €). La rédaction des statuts, en revanche, fait varier la facture : gratuite en autonomie, entre 100 et 300 € via une plateforme juridique en ligne, et de 400 à 1 500 € avec un professionnel (expert-comptable ou avocat). La seule différence notable concerne la libération du capital : la SASU impose de libérer au minimum 50 % du capital social dès la constitution, contre seulement 20 % en EURL. Cette règle n'a aucun impact pour un capital symbolique de 1 €, mais elle devient structurante si vous souhaitez constituer un capital significatif dès l'immatriculation — par exemple, 10 000 € en SASU exigent le versement immédiat de 5 000 €, contre seulement 2 000 € en EURL.
En matière de fiscalité, le choix entre SASU ou EURL pour la création de votre entreprise repose sur des mécanismes radicalement distincts. L'EURL est soumise par défaut à l'impôt sur le revenu (IR), c'est-à-dire que les bénéfices sont directement imposés au nom de l'associé unique selon le barème progressif. Pour les revenus 2025 (déclaration 2026), ce barème s'établit comme suit : 0 % jusqu'à 11 600 € ; 11 % entre 11 601 € et 29 579 € ; 30 % entre 29 580 € et 84 577 € ; 41 % entre 84 578 € et 181 917 € ; 45 % au-delà. Il est toutefois possible d'opter pour l'impôt sur les sociétés (IS). La SASU, à l'inverse, relève par défaut de l'IS — avec un taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfices, puis 25 % au-delà — et ne peut opter pour l'IR que de manière temporaire, pendant cinq exercices consécutifs maximum.
En pratique, l'EURL à l'IR est fiscalement pertinente lorsque le taux marginal d'imposition (TMI) du foyer reste inférieur à 30 %, c'est-à-dire tant que le revenu imposable par part ne dépasse pas 29 579 €. Dès que d'autres revenus du foyer (salaire du conjoint, revenus fonciers, etc.) font franchir ce seuil, l'IR en EURL devient pénalisant et l'IS généralement plus avantageux.
Cette distinction a des conséquences très concrètes. En EURL à l'IR, si votre activité génère des pertes lors des premiers mois, celles-ci sont imputables sur le revenu global de votre foyer fiscal — un avantage réel en phase de démarrage déficitaire. En contrepartie, la rémunération du gérant n'est pas déductible du bénéfice imposable, et les cotisations sociales sont calculées sur l'intégralité du bénéfice professionnel brut. Cette mécanique rend impossible la fixation d'une rémunération mensuelle stable indépendante du résultat : les cotisations varient selon le bénéfice réel de l'exercice, connu seulement à la clôture des comptes. En cas d'année exceptionnellement bénéficiaire, le dirigeant peut se retrouver redevable de cotisations très élevées sur des sommes qu'il n'a pas perçues sous forme de rémunération — un mécanisme qui complique significativement la gestion de trésorerie prévisionnelle.
En EURL à l'IS, la donne change : la rémunération du gérant devient déductible, et les cotisations ne portent que sur la rémunération effectivement versée. Mais attention aux dividendes. En EURL à l'IS, les dividendes excédant 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé) sont soumis aux cotisations TNS, soit environ 45 %. En SASU, les dividendes ne supportent que la flat tax de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), sans aucune cotisation sociale, quel que soit le montant distribué.
En règle pratique : l'EURL à l'IR se révèle souvent pertinente sous 50 000 € de bénéfices annuels ou en période déficitaire. Au-delà de 150 000 €, la SASU couplée à une stratégie de distribution de dividendes devient le choix le plus efficient fiscalement.
À noter : l'option pour l'IS en EURL peut être exercée dès la création (dans les statuts) ou avant le terme du 3e mois de l'exercice pour une application immédiate. Si la demande est formulée plus tard, l'IS ne prend effet qu'à la fin de l'exercice suivant. Surtout, cette option peut être dénoncée une seule fois, dans les 5 ans suivant son exercice (au plus tard avant le premier acompte d'IS du 5e exercice). Passé ce délai, le choix de l'IS devient définitif et irrévocable. Cette fenêtre de réversibilité de 5 ans permet de tester l'IS et de revenir à l'IR si la situation évolue — mais un entrepreneur qui laisse passer ce délai perd définitivement la possibilité de revenir à l'IR, même si sa situation personnelle change radicalement.
Le gérant associé unique d'EURL relève du régime des travailleurs non-salariés (TNS), affilié à la Sécurité sociale des Indépendants (SSI) et géré par l'URSSAF. Ses cotisations représentent environ 40 à 45 % de la rémunération nette. Pour l'exercice 2026, le détail des taux est le suivant : maladie-maternité entre 1,5 % et 8,5 % selon un barème progressif (plafonné à 300 % du PASS) ; indemnités journalières à 0,85 % dans la limite de 5 PASS ; retraite de base à 17,75 % jusqu'à 1 PASS puis 0,60 % au-delà ; retraite complémentaire RCI à 7 % jusqu'à 1 PASS puis 8 % entre 1 et 4 PASS ; CSG-CRDS à 9,7 % sur le revenu après abattement de 26 %. L'assiette sociale unique, effective depuis 2026, unifie le calcul sur la base : revenu – 26 %, dans la limite de 3 PASS.
Particularité souvent méconnue : même sans aucune rémunération, des cotisations minimales d'environ 1 500 € par an restent dues. Ces cotisations minimales couvrent uniquement les indemnités journalières, l'invalidité-décès, la retraite de base et la formation professionnelle. Elles ne génèrent en revanche aucune cotisation au titre de la CSG-CRDS, de la retraite complémentaire, des allocations familiales ni de l'assurance maladie. Conséquence directe : le gérant d'EURL sans rémunération ne valide que 3 trimestres de retraite par an ; pour valider les 4 trimestres annuels, il doit déclarer un revenu d'au moins 7 128 € par an. Ces cotisations sont calculées sur la base des revenus de l'année N-2, puis régularisées l'année suivante — un mécanisme qui peut créer des décalages de trésorerie importants, notamment en début d'activité.
Le président de SASU, lui, est assimilé salarié au sens de l'article L311-3 du Code de la sécurité sociale. Il est affilié au régime général. Ses cotisations oscillent entre 75 et 85 % du salaire net. En revanche, s'il ne se verse aucun salaire, il ne paie strictement aucune cotisation — mais ne bénéficie d'aucune protection sociale au titre de son mandat. Un avantage exclusif du statut d'assimilé salarié : le président de SASU bénéficie de la couverture accidents du travail, prise en charge via les cotisations patronales URSSAF, qui indemnise le dirigeant en cas d'accident survenu dans le cadre de son activité professionnelle, y compris sur le trajet domicile-travail. Cette protection est totalement absente du régime TNS applicable en EURL — un avantage tangible pour les dirigeants exerçant une activité à risque physique (BTP, transport, artisanat).
Prenons un exemple concret. Pour un revenu net souhaité de 3 000 € par mois, le coût total mensuel pour la société s'élève à environ 4 300 € en EURL contre 5 100 € en SASU. L'écart atteint donc 9 600 € par an — une somme significative, surtout en phase de démarrage.
Conseil : en SASU, pour valider 4 trimestres de retraite par an, le président doit se verser une rémunération brute minimale de 7 128 € par an (soit 1 782 € bruts par trimestre en 2025). Les dividendes, quel que soit leur montant, n'ouvrent aucun droit à la retraite. Un président de SASU non rémunéré ne valide aucun trimestre. La stratégie optimale consiste souvent à maintenir une base salariale minimale de 7 128 €/an pour sécuriser ses trimestres, tout en complétant par des dividendes en flat tax à 30 % pour optimiser le revenu net global.
Depuis le 1er janvier 2020 et le rattachement de la SSI au régime général, la couverture maladie des deux régimes est devenue quasi équivalente. Le vrai écart se situe sur la retraite. La pension moyenne d'un TNS s'établit autour de 1 150 € bruts par mois, contre 2 500 à 3 000 € pour un cadre salarié. La SASU, grâce au régime Agirc-Arrco, est structurellement plus avantageuse sur le long terme pour la constitution de droits à la retraite. Le système Agirc-Arrco fonctionne sur deux tranches : tranche 1 (de 0 à 1 PASS, soit 48 060 € en 2026) à 6,20 % de cotisation totale (parts salariale + patronale) ; tranche 2 (de 1 à 8 PASS) à 17 % au total. La valeur du point Agirc-Arrco est de 1,4159 € en 2026. En comparaison, la retraite complémentaire des TNS (Régime Complémentaire des Indépendants, RCI) est calculée à 7 % jusqu'à 1 PASS puis 8 % entre 1 et 4 PASS, avec une valeur d'acquisition du point RCI de 21,726 € en 2026. Sur une carrière complète à revenus comparables, l'écart entre les deux systèmes peut représenter plusieurs centaines d'euros de pension mensuelle, principalement en raison des différences de taux de conversion des points.
Pour compenser ce différentiel en EURL, un levier existe : le PER (Plan d'Épargne Retraite), instauré par la loi PACTE de 2019, qui a remplacé le contrat Madelin comme véhicule principal d'épargne retraite des indépendants (les deux coexistent mais le PER est désormais privilégié). Le PER permet aux gérants TNS de déduire fiscalement leurs versements dans la double limite suivante : 10 % du bénéfice imposable (plafond de 38 448 € en 2026, soit 10 % de 8 PASS) + 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Ce mécanisme est d'autant plus efficace que le taux marginal d'imposition est élevé (30 %, 41 % ou 45 %) : il réduit l'assiette d'IR tout en constituant un patrimoine retraite sur le long terme.
Exemple concret : Élodie Martel, 34 ans, consultante en ingénierie environnementale à Coquelles, a créé sa SASU en septembre 2024 après une rupture conventionnelle. En accord avec son expert-comptable, elle se verse une rémunération brute mensuelle de 600 € (soit 7 200 €/an, juste au-dessus du seuil de 7 128 € pour valider ses 4 trimestres de retraite), et perçoit le solde de ses ARE à hauteur de 1 850 €/mois. En fin d'exercice, la société affiche un bénéfice net après IS de 38 000 €. Élodie se verse 30 000 € de dividendes, imposés à la flat tax de 30 % — soit 9 000 € de prélèvements, sans aucune cotisation sociale supplémentaire. Son revenu net disponible annuel atteint ainsi 47 400 € (ARE + salaire net + dividendes nets), tout en ayant validé ses 4 trimestres de retraite. En EURL à l'IS, le même schéma aurait été pénalisé par les cotisations TNS sur les dividendes excédant 10 % du capital, réduisant son revenu net de plusieurs milliers d'euros.
La SASU offre une liberté statutaire totale. Vous pouvez organiser librement la gouvernance, insérer des clauses de préemption, d'anti-dilution, ou encore émettre des BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise) — un instrument d'intéressement au capital impossible en EURL. L'EURL, encadrée par le Code de commerce, offre moins de souplesse, mais un cadre juridique clair et sécurisant pour les dirigeants qui préfèrent un fonctionnement non négociable.
L'évolutivité capitalistique constitue un enjeu souvent sous-estimé. En SASU, faire entrer un associé ou un investisseur se fait sans changer de forme juridique : la SASU devient simplement une SAS à plusieurs actionnaires, de manière automatique. En EURL, cette même opération impose une transformation en SARL, avec modification des statuts, publication d'une annonce légale et dépôt au greffe de l'INPI — des coûts et des délais à anticiper dès la création.
Au quotidien, la gestion administrative diffère aussi. En SASU, chaque salaire versé au président exige un bulletin de paie et une Déclaration Sociale Nominative (DSN) mensuelle, exactement comme pour un salarié classique. En EURL, pas de fiche de paie : la rémunération du gérant est constatée par un simple procès-verbal, et les cotisations sont déclarées annuellement auprès de l'URSSAF. Toutefois, en EURL à l'IR, cette apparente simplicité masque une difficulté de pilotage : puisque l'assiette de cotisations est le bénéfice réel de l'exercice et non une rémunération fixée à l'avance, le dirigeant ne connaît le montant exact de ses cotisations qu'à la clôture des comptes. Ce décalage constitue un argument supplémentaire en faveur de l'option IS lorsque les bénéfices dépassent le niveau de rémunération souhaité.
Autre point distinctif important : le maintien des allocations chômage (ARE). En SASU sans salaire, vous conservez 100 % de vos droits ARE, sous réserve d'actualisation mensuelle auprès de France Travail. En EURL à l'IR, le bénéfice réalisé — même sans rémunération — constitue un revenu professionnel susceptible de réduire vos droits. Enfin, l'EURL offre un avantage exclusif : le statut de conjoint collaborateur, qui permet au conjoint de bénéficier d'une protection sociale complète à coût forfaitaire réduit, un dispositif impossible en SASU.
À noter : le président de SASU bénéficie automatiquement de la couverture accidents du travail via ses cotisations patronales URSSAF. Cette protection, totalement absente du régime TNS de l'EURL, couvre les accidents survenus dans le cadre de l'activité professionnelle, y compris les accidents de trajet. Si votre activité comporte une dimension physique (déplacements fréquents, interventions sur chantier, manutention), cet avantage peut être déterminant. Pour les activités purement intellectuelles ou sédentaires, cet écart de couverture reste marginal.
Plutôt que d'appliquer une règle universelle, le choix entre SASU ou EURL pour la création de votre entreprise doit s'ajuster à votre situation personnelle. Voici les principaux scénarios à considérer.
Ces orientations générales ne remplacent pas une simulation personnalisée. Le simulateur officiel de l'URSSAF (mon-entreprise.urssaf.fr) permet de comparer votre revenu net disponible dans chaque structure. Mais les résultats varient considérablement selon votre situation familiale, votre niveau d'ARE, vos charges déductibles et les options fiscales retenues.
C'est précisément sur ce type d'arbitrage que l'accompagnement d'un professionnel fait la différence. Chez Comptexxia, à Calais, nous intervenons auprès de créateurs d'entreprise de tous secteurs, que leur projet soit situé à Calais, Coquelles ou Marck. Notre rôle ne se limite pas à la tenue comptable : nous vous aidons à valider vos hypothèses avant la signature des statuts, à simuler l'impact réel de chaque option sur votre revenu net et votre protection sociale, et à structurer votre société de manière cohérente avec vos objectifs à moyen terme. Si vous hésitez entre SASU et EURL, un échange avec notre équipe vous permettra de prendre une décision éclairée, fondée sur des chiffres et non sur des intuitions.