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Obligations comptables et fiscales en première année : le guide pas-à-pas pour votre SARL ou SAS

29/07/2026
Obligations comptables et fiscales en première année : le guide pas-à-pas pour votre SARL ou SAS
Feuille de route complète pour être en règle dès la 1ère année : TVA, IS, CFE, FEC, dépôt de comptes. Évitez pénalités et redressements

Près de la moitié des créateurs de SARL ou de SAS découvrent leurs premières obligations fiscales… après avoir déjà manqué une échéance. Car contrairement à une idée répandue, les obligations comptables et fiscales de la première année ne débutent pas à la clôture de l'exercice : elles s'imposent dès l'immatriculation, parfois même avant. Méconnaissance des formulaires, oubli de déclarations, pénalités automatiques — les risques sont réels et immédiats pour un dirigeant non accompagné. Chez Comptexxia, cabinet d'expertise comptable installé à Calais, nous guidons chaque année des créateurs d'entreprise à travers ce parcours exigeant. Voici la feuille de route complète, en quatre étapes, pour être en règle dès le premier jour.

Ce qu'il faut retenir
  • Le Fichier des Écritures Comptables (FEC) doit être conservé pendant 6 ans (et non 10 ans comme les livres comptables) ; un FEC absent ou non conforme entraîne une amende automatique de 5 000 € (article 1729 E du CGI).
  • La première année d'IS est dispensée d'acomptes trimestriels, mais la deuxième année peut cumuler jusqu'à 100 % de l'IS en acomptes plus le solde — un bilan prévisionnel à mi-exercice est indispensable pour anticiper cette charge.
  • La déclaration initiale de CFE n° 1447-C doit être déposée avant le 31 décembre de l'année de création, même si la CFE est exonérée la première année ; un oubli entraîne une base d'imposition non optimisée dès la deuxième année.
  • Le dépôt des comptes au greffe déclenche automatiquement une publication au BODACC, rendant vos données financières accessibles aux tiers : demander explicitement la confidentialité lors du dépôt protège vos informations vis-à-vis des concurrents.

1 - Avant l'immatriculation : poser les fondations obligatoires de votre société

Ouvrir un compte professionnel et déposer le capital

Votre première obligation naît avant même l'existence juridique de votre société. L'ouverture d'un compte bancaire professionnel est impérative avant le dépôt du dossier d'immatriculation. La raison est simple : la banque délivre un certificat de dépôt des fonds, pièce sans laquelle aucun greffe ni guichet unique n'acceptera votre dossier. Les frais varient de 10 à 30 € par mois selon les établissements, voire jusqu'à 80 € pour les offres les plus complètes. Si toutes les banques refusent, la Banque de France peut être saisie via le droit au compte.

Vient ensuite le dépôt du capital social. En SARL, au moins 20 % du capital souscrit en numéraire doit être libéré à la constitution. En SAS, ce minimum passe à 50 %. Par exemple, pour un capital de 10 000 € en SAS, vous devez déposer au moins 5 000 € sur le compte professionnel. Le solde doit être versé dans les cinq ans. Toutefois, libérer 100 % du capital dès la création de votre société présente un avantage fiscal direct : c'est la condition pour bénéficier du taux réduit d'IS à 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfices. Si le capital n'est pas entièrement libéré à la clôture, l'intégralité des bénéfices sera taxée à 25 %.

Choisir sa date de clôture : une décision qui conditionne toutes vos échéances

La date de clôture du premier exercice mérite une réflexion approfondie. Le premier exercice peut durer moins ou plus de 12 mois, jusqu'à 23 mois au maximum. Si votre activité démarre en octobre, clôturer au 31 décembre de la même année crée un exercice de seulement deux à trois mois, trop court pour amortir les investissements initiaux. Clôturer au 31 décembre de l'année suivante offre davantage de recul, mais retarde l'ensemble des obligations. Ce choix doit être arrêté avec un expert-comptable dès la rédaction des statuts, car il conditionne directement les échéances de TVA, d'IS et de dépôt des comptes.

Exemple concret : Aurélien Vasseur crée une SAS de conseil en ingénierie à Calais le 15 septembre 2024. Son expert-comptable lui conseille de fixer la clôture au 31 décembre 2025, soit un premier exercice de 15 mois. Ce choix lui permet de lisser les charges de démarrage (achat de matériel informatique, frais de prospection) sur un exercice suffisamment long pour dégager un résultat représentatif. S'il avait clôturé au 31 décembre 2024, ses trois mois et demi d'activité auraient affiché un déficit artificiel, sans possibilité de le reporter efficacement — et il aurait dû produire une liasse fiscale seulement quatre mois après sa création.

2 - Dès le premier jour d'activité : mettre en place une organisation comptable conforme

Livre-journal, grand livre et régime comptable applicable

À compter de la première opération, votre SARL ou SAS doit tenir un livre-journal (enregistrement chronologique de tous les mouvements financiers) et un grand livre. Le livre d'inventaire, quant à lui, n'est plus un registre obligatoire depuis le 1er janvier 2016 (article 6-20 du Code de commerce) — mais l'inventaire physique annuel des actifs et des passifs reste une obligation comptable à la clôture de chaque exercice. Ces documents peuvent être tenus sous forme papier ou numérique, mais doivent être inaltérables, sans rature ni espace vide. Ils doivent être conservés pendant dix ans. Excel, en revanche, n'est pas reconnu par l'administration fiscale : il ne permet pas de produire un Fichier des Écritures Comptables (FEC) valide en cas de contrôle, ce qui expose à une amende de 5 000 €.

Précision essentielle : la SARL et la SAS sont soumises par défaut à la comptabilité d'engagement — chaque opération est enregistrée dès qu'elle est juridiquement constatée (une vente est comptabilisée à la date de facturation, même si le client n'a pas encore payé). Toutefois, les SARL et SAS ne dépassant pas deux des trois seuils suivants — 840 000 € de chiffre d'affaires pour les activités commerciales, 254 000 € pour les prestations de services, TVA annuelle inférieure à 15 000 € — peuvent opter pour une comptabilité de trésorerie en cours d'exercice, c'est-à-dire n'enregistrer que les encaissements et décaissements réels, puis ne constater créances et dettes qu'à la clôture. Ce régime simplifié réduit significativement la charge administrative quotidienne. Toutefois, même sous ce régime, les comptes annuels complets (bilan, compte de résultat, annexe) restent obligatoires à la clôture. Cette distinction conditionne directement la façon dont les premières écritures doivent être saisies dans le logiciel comptable.

FEC : un fichier à produire et à conserver rigoureusement

Seul un logiciel de comptabilité certifié, conforme à l'article 286 du CGI, garantit la production d'un FEC conforme. Ce fichier, qui retrace l'intégralité des écritures comptables d'un exercice, doit être remis à l'administration lors d'un contrôle fiscal. Il doit répondre à quatre critères cumulatifs : inaltérabilité, sécurisation, conservation et archivage des données. Le FEC doit être conservé pendant 6 ans (à ne pas confondre avec le délai de 10 ans applicable aux livres-journal et grand livre). Un FEC absent, non conforme ou non conservé sur cette durée de 6 ans entraîne une amende automatique de 5 000 € (article 1729 E du CGI).

Facturation et dématérialisation : des obligations dès la première vente

Parallèlement, organisez dès le premier jour un système de collecte des pièces justificatives classées par catégorie et par mois : factures d'achat, factures de vente, relevés bancaires, notes de frais, contrats. La conservation est obligatoire pendant dix ans. Concernant la facturation, les règles s'appliquent dès la première vente : mentions obligatoires, numérotation chronologique sans rupture, respect des délais de paiement légaux de 30 ou 60 jours. Le non-respect de ces règles expose à une amende pouvant atteindre 375 000 €, portée à 750 000 € en cas de récidive.

Dernier point souvent ignoré : toutes les déclarations et paiements sont obligatoirement dématérialisés pour une société soumise à l'IS. Aucune déclaration papier n'est acceptée. Le paiement par chèque expose à une majoration de 0,2 % du montant avec un minimum de 60 €.

Conseil : La réforme de la facturation électronique obligatoire (e-invoicing) est en cours de déploiement progressif en France. Les grandes entreprises sont déjà concernées, et pour les PME — dont la majorité des SARL et SAS créées aujourd'hui — l'obligation d'émettre des factures via une plateforme de dématérialisation partenaire (PDP) ou le portail public Chorus Pro sera précisée par décret (le calendrier a été reporté et reste à surveiller). Anticiper cette mise en conformité dès la création évite de devoir migrer son logiciel comptable en urgence, avec un risque de rupture dans la numérotation des factures. Renseignez-vous auprès de votre expert-comptable sur le choix d'un logiciel compatible.

3 - Pendant l'exercice : les déclarations fiscales récurrentes à ne jamais manquer

TVA : identifier votre régime dès la création

Trois régimes coexistent. La franchise en base de TVA vous exonère de toute déclaration si votre chiffre d'affaires reste sous 85 000 € pour les activités commerciales ou 37 500 € pour les prestations de services. Le régime réel simplifié impose deux acomptes semestriels (55 % en juillet, 40 % en décembre), versés via le formulaire n° 3514-SD, puis une déclaration annuelle de régularisation via le formulaire CA12. Ne pas identifier le bon formulaire est une source fréquente d'erreur ou de retard. Le régime réel normal exige une déclaration mensuelle via le formulaire CA3, avec règlement entre le 15 et le 24 du mois suivant.

Le choix du régime n'est pas anodin. Si votre société engage d'importantes dépenses dès le démarrage (équipements, stocks, aménagement de locaux), être assujetti à la TVA permet de récupérer la TVA déductible sur ces achats, ce qui améliore la trésorerie. À l'inverse, si les charges restent faibles, la franchise en base supprime toute obligation déclarative. Cette analyse doit être menée avant le démarrage.

CFE et IS : deux pièges fréquents en première année

La Cotisation Foncière des Entreprises fait l'objet d'une exonération la première année. Mais attention : vous devez impérativement déposer la déclaration initiale n° 1447-C au Service des Impôts des Entreprises avant le 31 décembre de l'année de création. L'administration ne l'envoie pas automatiquement. Un oubli peut conduire à une base d'imposition non optimisée pour les années suivantes. En deuxième année, la base est réduite de moitié.

Quant à l'impôt sur les sociétés, votre première année bénéficie d'une dispense d'acomptes trimestriels, faute d'historique fiscal. L'IS est réglé en une seule fois après la clôture. Le taux applicable est de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfices (sous conditions : CA inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré, 75 % détenu par des personnes physiques), puis 25 % au-delà. Par exemple, pour 70 000 € de bénéfices, l'IS s'élève à 13 250 €.

L'effet de rattrapage en deuxième année est brutal. Si votre IS dépasse 3 000 €, quatre acomptes trimestriels de 25 % chacun deviennent obligatoires (15 mars, 15 juin, 15 septembre, 15 décembre via le formulaire 2571), en plus du solde. Cela peut représenter 100 % de l'IS dû en une seule année. Un bilan prévisionnel établi dès le milieu de la première année permet d'anticiper cette charge de trésorerie.

À noter : La nomination d'un commissaire aux comptes n'est pas obligatoire pour la quasi-totalité des SARL et SAS en première année. Elle ne le devient qu'en cas de dépassement de deux des trois seuils suivants à la clôture (décret n° 2024-152 du 28 février 2024, exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024) : 5 000 000 € de total bilan, 10 000 000 € de chiffre d'affaires HT, 50 salariés. En revanche, la nomination est obligatoire dès la création si la société contrôle ou est contrôlée par une autre société, ou si des associés minoritaires représentant au moins 10 % du capital (SAS) ou un quart du capital (SARL) en font la demande judiciaire. La non-désignation lorsqu'elle est obligatoire est sanctionnée de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.

4 - Clôturer le premier exercice : trois étapes à enchaîner dans l'ordre

Arrêter les comptes et réunir l'Assemblée Générale

La clôture du premier exercice obéit à une séquence impérative. La première étape consiste à arrêter les comptes et convoquer l'Assemblée Générale d'approbation. Celle-ci doit se tenir dans les six mois suivant la clôture. Pour un exercice clos au 31 décembre, l'AG doit avoir lieu avant le 30 juin de l'année suivante. Le bilan, le compte de résultat et l'annexe doivent être communiqués aux associés au moins quinze jours avant. Un procès-verbal d'AG doit être rédigé et signé.

Les SARL et SAS qualifiées de « petites entreprises » sont dispensées d'établir un rapport de gestion si elles ne dépassent pas deux des trois seuils suivants : 7,5 millions € de total net du bilan, 15 millions € de chiffre d'affaires net, 50 salariés. En pratique, la quasi-totalité des structures en première année bénéficient de cette dispense (loi ESSOC n° 2018-727 du 10 août 2018). Cas particulier : la SASU dont l'associé unique est également président en est dispensée sans condition de seuil. Toutefois, cette dispense ne s'applique pas si les statuts prévoient explicitement l'établissement d'un rapport de gestion, même en dessous des seuils.

Déposer la liasse fiscale dans les délais

Deuxième étape : le dépôt de la liasse fiscale (formulaire 2065-SD) dans les trois mois suivant la clôture, quatre mois pour une clôture au 31 décembre — soit avant le deuxième jour ouvré de mai. Elle est accompagnée du relevé de solde IS (formulaire 2572) et du paiement correspondant. La transmission s'effectue obligatoirement par voie électronique, via la procédure EDI utilisée par les experts-comptables ou via l'espace professionnel sur impots.gouv.fr.

Déposer les comptes au greffe — et maîtriser leur publicité

Troisième étape : le dépôt des comptes annuels au greffe via le guichet unique, dans le mois suivant l'AG (deux mois par voie électronique). Le coût s'élève à environ 45 €. Ce dépôt déclenche automatiquement une publication au Bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales (BODACC), à la diligence du greffier. Cette publication rend vos données financières accessibles aux tiers — banques, fournisseurs, mais aussi concurrents. C'est précisément pourquoi les petites structures ne dépassant pas deux des trois seuils suivants — bilan inférieur à 350 000 €, chiffre d'affaires inférieur à 700 000 €, moins de 10 salariés — ont un intérêt marqué à demander la confidentialité de leurs comptes. Cette option, prévue par l'article R. 123-111-1 du Code de commerce, protège vos données financières vis-à-vis des concurrents. Elle doit être formulée explicitement lors du dépôt.

À noter : La confidentialité des comptes ne dispense pas du dépôt au greffe. Elle empêche uniquement les tiers d'accéder au détail de vos comptes (bilan et compte de résultat). L'information selon laquelle les comptes ont été déposés reste, elle, visible. En pratique, si vous exercez une activité où la concurrence surveille les marges et les volumes, cette option constitue un véritable levier de protection stratégique dès la première année.

5 - Les sanctions qui tombent sans prévenir — et comment les éviter

L'administration n'annonce pas toujours les pénalités avant de les appliquer. Voici ce qui vous attend en cas de manquement :

  • Intérêt de retard : 0,20 % par mois sur tout montant non acquitté dans le délai légal (article 1727 du CGI)
  • Majoration de 5 % pour retard de paiement de la TVA ou des acomptes d'IS
  • Majoration de 10 % pour déclaration tardive, portée à 40 % si une mise en demeure reste sans réponse sous 30 jours
  • Majoration de 80 % en cas d'activité occulte ou de fraude fiscale avérée (articles 1727, 1728 et 1731 du CGI)
  • Sanctions pénales : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 500 000 € d'amende en cas d'écritures fictives (fraude comptable) ; amende de 375 000 € portée à 750 000 € en récidive pour manquements graves aux règles de facturation
  • Amende de 1 500 € à 3 000 € pour non-dépôt des comptes au greffe, assortie d'une injonction sous astreinte du tribunal de commerce

Un réflexe peut toutefois limiter les dégâts : régulariser spontanément. En déposant une déclaration en retard accompagnée du paiement intégral, sans attendre de mise en demeure, l'intérêt de retard est réduit de moitié et la majoration de 5 % ne s'applique pas. L'administration se montre plus conciliante avec les entreprises qui prennent l'initiative de corriger leurs erreurs.

Exemple concret : Inès Lefranc, gérante d'une SARL créée en mars 2024 à Coquelles, oublie de déposer sa déclaration initiale de CFE (n° 1447-C) avant le 31 décembre 2024. Résultat : en 2025, deuxième année d'activité, l'administration applique une base d'imposition forfaitaire, non optimisée — la cotisation CFE est calculée sur une base minimum plus élevée que celle qui aurait résulté de la déclaration réelle de la surface et de la valeur locative de son local. Son expert-comptable régularise la situation, mais le trop-perçu ne peut être récupéré qu'après réclamation contentieuse, ce qui prend plusieurs mois. Pour un oubli de formulaire, la perte de trésorerie dépasse 400 €.

6 - Déléguer les tâches à risque : un investissement rentable dès la première année

La loi n'impose pas à une SARL ou SAS de recourir à un expert-comptable. Mais gérer sa comptabilité seul représente entre 100 et 180 heures par an. Pour un dirigeant dont le chiffre d'affaires dépasse 50 000 €, ce temps non consacré au développement commercial génère un coût d'opportunité qui dépasse souvent les honoraires d'un professionnel. Les tâches les plus critiques à déléguer en priorité sont celles qui combinent complexité technique et délais courts : la liasse fiscale, les déclarations de TVA, la constitution du dossier de dépôt au greffe et la production du FEC.

Comptexxia, cabinet d'expertise comptable basé à Calais et intervenant également auprès d'entreprises situées à proximité de Coquelles et Marck, accompagne les créateurs de SARL et SAS dès les premiers jours de leur activité. De la rédaction des statuts au dépôt des comptes annuels, en passant par le choix du régime de TVA et l'anticipation des acomptes d'IS, notre équipe vous fournit une feuille de route personnalisée pour aborder sereinement vos obligations comptables et fiscales de première année. Contactez-nous pour sécuriser votre lancement et consacrer votre énergie à ce qui compte : développer votre activité.